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Annie Abrahams

inter – intra – action (fr)

Depuis quelques temps j’essaie de réfléchir sur un nouveau concept: Agency Art, que j’ai découvert dans un texte d’Arjen Mulder de 2012.
J’aime beaucoup cette notion, parce que elle ne prend pas un medium, ou une technologie comme point de départ, mais met en avant ce que celles-ci rendent possible. C’est un art qui s’ancre dans les choix comportementaux, dans les gestes. Son sens est les actions rendus possibles. J’ai écrit un billet qui en parle plus amplement. (en anglais)

interintra

Mulder intègre ses idées dans l’histoire. Il remonte vers des penseurs comme Spinoza, Shannon, Wiener, MacKay, McLuhan, Cassirer, Langer, Gell, Latour, Heidegger, Derrida, Badiou, Rancière, Danto, Whitehead, Steiner, Rolnik et encore d’autres.

Dans mes tentatives de mieux comprendre ce que ce concept pourrait apporter à ma propre pratique artistique je lis des entretiens (en anglais) avec Karen Barad une physicienne et féministe américaine qui parle d’un autre concept nouveau pour moi: l’intra-action.
Dans les années 90 du siècle dernier le mot interaction était un mot clef pour analyser mes œuvres en hypertext. Peut être aujourd’hui l’intra-action peut m’aider à mieux réfléchir mes travaux de performance collaborative où il n’est pas vraiment clair ce qui provoque quoi, où se trouve l’agence – ne pas entre les entités clairement distinctes, mais venant de l’intérieur d’un tout, où les conditions du serveur, les ordinateurs individuels, les différents webcams et périphériques sonores, ainsi que les voix et les images des co-performeurs, les conditions d’éclairage locales et les situations familiales sont toutes enchevêtrées dans ce que Barad appellerait un phénomène.

L’intra-action (en opposition à interaction), un néologisme introduit par Barad, représente un profond tournant conceptuel dans les métaphysiques individualistes. Pour Barad, les choses et les objets ne précèdent pas leur interaction, mais plutôt, les « objets émergent à travers des intra-actions particulières ». Source Wikipedia.fr

Ce n’est pas simple du tout de comprendre les idées de Barad. J’étais contente de trouver une vidéo qui semblait l’expliquer simplement et puis je l’ai transcrit et j’ai essayé de traduire ce texte en français. (voir en bas) Tout ça pour me rendre compte que je n’en ai toujours qu’une compréhension superficielle. Ce n’est pas grave. Barad se base sur la théorie quantique et des pensées de Bohr, Butler, Harraway et Foucault. Je leur prendrai des  termes comme phenomenon, agency, apparatus et intra-action. Ils vont ré-apparaître.

Video Written & Created by: Stacey Kerr, Erin Adams, & Beth Pittard

La transcription / traduction du texte de la vidéo: “Dans cette édition de Three Minute Theory, nous discuterons de l’intra-action, un terme qui nous vient de la physicienne féministe Karen Barad. Barad décrit l’intra-action comme une constitution mutuelle d’agencies enchevêtrés. Et qu’est-ce que l’agency? Simplement, nous pouvons comprendre l’agency comme la capacité d’agir. Alors, en d’autres termes l’intra-action est le mélange des capacités à agir des gens, des choses et des autres substances. Cela ressemble à l’interaction, n’est-ce pas? Eh bien, coupons la différence en morceaux.
D’abord regardons les préfixes “inter” et “intra”. “Inter” signifie “entre” ou “au milieu de”, tandis que “intra” signifie “de l’intérieur”. Quand nous ajoutons le mot “action” à ces préfixes, nous obtenons un tout autre sens.
Lorsque deux corps interagissent, ils maintiennent facilement un niveau d’indépendance. Chaque entité existe avant de se rencontrer. Cependant, quand les corps sont en intra-action, ils le font de manière co-constitutive. Les individus se matérialisent par le biais d’intra-actions et la capacité d’agir émerge à partir de l’intérieur des relations, ne pas du dehors.
Alors, pourquoi cette distinction est-elle importante? Eh bien, l’intra-action nous donne une toute nouvelle façon de penser les rapports les unes avec les autres, avec la matière, avec les matériaux, avec la nature et avec les discours. Lorsque ces différentes choses sont dans les relations les uns avec les autres notre capacité à faire des trucs change, se transforme ou émerge.
Prenons le phénomène récent d’Ebola comme un exemple. On peut dire que le phénomène Ebola n’est pas seulement le virus lui-même, mais est une intra-action du virus réel avec des acteurs humains et non humains, y compris les corps humains, les discours sur l’Afrique, les pandémies, le rôle de la politique, les experts politiques, les chaînes de télévision et la peur. Ebola n’est pas seulement un virus, mais un phénomène qui se fait et se défait grâce à des intra-actions entre nature, culture et technologie. Par l’intra-action, nous sommes tous réunis dans le phénomène Ebola et pourtant cette intra-action nous sépare en de nouvelles positions co-constitutives de sujet. Par l’intra-action nous devenons, au moins temporairement, les affligés et les non affligés, les risqués et les non-risqués, les exposés et les non exposés. Ainsi, l’étude de ces intra-actions révèle comment les différences sont faites et défait. Il est peu probable que beaucoup d’entre nous interagissent avec le virus Ebola, mais nous allons tous intra-agir avec le phénomène Ebola, et c’est pourquoi nous sommes tous responsables de la matière produite dans ces intra-actions, les discours, les matériaux et les positions de sujet. Les interactions déforment et différent la responsabilité mais dans les intra-actions la responsabilité est répartie entre les entités constitutives.
C’est là que l’agency intervient dans le jeu. L’agency renvoie à l’action, à la reconfiguration, au faire et à l’être. Elle n’existe pas séparément, mais émerge des relations dans les intra-actions. Penser avec les intra-actions signifie abandonner les relations de cause à effet, l’agency individuelle et les sujet-objet iconomies. Nous acquérons de nouvelles compréhensions de l’éthique et de la justice comme des choses qui ne sont pas prédéterminées mais qui changent et se déploient toujours. L’intra-action remet en cause les frontières et les limites fermes et le temps linéaire, et à son tour nous aide à penser en termes de simultanéité. Elle détruit les murs qui contiennent les pensées et les actions disciplinées pour révéler les frontières artificielles, dont nous avons oublié que nous les avons inventées.

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